Le jour où j’ai cru rater mon concours

Après vous avoir donné nos conseils pour préparer au mieux les différentes épreuves du concours de conservateur.trice de bibliothèque, nous avons eu envie de partager avec vous nos moments de doute. Car oui, pour les élèves qui sont sortis victorieux de l’épreuve du concours l’année dernière, le chemin n’a pas toujours été sans peine.
À la veille des oraux, quatre d’entre eux vous racontent comment ils ont cru ne jamais réussir à décrocher le Saint Graal. Nous espérons que ces témoignages vous aideront à surmonter vos moments de creux en attendant les résultats.

Photo by Lily Lvnatikk on Unsplash

Never give up !

Loi de Murphy oblige, je me suis réveillée le premier jour des écrits avec un rhume carabiné. Tête dans du coton, nez pris, grosse fatigue, extinction de voix en cours… La totale ! Du coup, avant même de penser rater le concours, j’ai pensé à ne pas le passer du tout. De toute façon, c’était un concours trop dur pour moi, alors quel intérêt à me déplacer malade à l’autre bout de Paris ? Heureusement il y a Twitter, et quelques messages d’encouragement plus tard, j’ai pris mon sac à dos direction le RER A, puis le centre d’examen.
Le deuxième jour, la situation n’était pas plus brillante niveau santé. Mais le coup de grâce fut porté à l’arrivée dans ma gare RER : pas de train au départ, aucune information sur la possibilité d’avoir des correspondances… Alors vite, rejoindre la voiture, brancher le GPS, rouler, se perdre dans à peu près tous les recoins possibles du périphérique (merci le GPS qui perd le signal à chaque tunnel), arriver quand même à l’heure, avaler en quelques minutes de quoi tenir pendant l’épreuve, rentrer dans la salle, passer l’épreuve dans un état second entre stress et épuisement… J’en suis ressortie très fière d’être allée au bout, mais persuadée de n’avoir pas pu rendre des copies dignes de ce nom dans ces conditions. Et pourtant…

Le RER, pire ennemi du candidat au concours en Ile-de-France (source : Wikimédia Commons)

Enfin, dernière péripétie au moment des oraux. Pour la culture générale, j’avais axé une bonne partie de mes révisions sur des sujets d’actualité. Mais premier couac, malgré mes entraînements, je fais une explication de texte nettement plus courte que prévu. Pas grave, je ne me démonte pas et je me prépare aux questions. Et là, c’est le drame. Un déluge de questions sur des sujets très littéraires ou artistiques, domaines qui ne sont malheureusement pas mes points forts. Je m’entends dire de plus en plus souvent « Je ne sais pas » ou « Mes connaissances ne me permettent malheureusement pas d’aller plus loin ». L’impression d’être submergée par des rafales de questions, je perds pied. Jusqu’au trou noir final : à la dernière question, à savoir « auriez-vous un livre que vous voulez nous conseiller», impossible de retrouver le titre et le nom de l’auteur du livre dont je voulais parler, malgré la grande bienveillance du jury. Je suis sortie de cet oral démolie ; le plus gros coef était passé, et je l’avais raté. Il me paraissait impensable d’être admise après un échec pareil.

Je suis quand même allée passer ma dernière épreuve (l’entretien de motivation) en donnant tout pour sauver l’honneur, et en faisant fi de la vilaine extinction de voix qui m’est tombée dessus la veille.  Et heureusement, car si j’ai bien raté l’oral de culture générale (mes notes me l’ont clairement confirmé plus tard), ça ne m’a pas empêché de réussir le concours.

Du coup, je retiendrai trois conseils de mon expérience :

  • Pour les épreuves en région parisienne, prévoyez très large au niveau du temps de transport. Anticipez toujours le pire du RER A : vous aurez peu de chance d’être déçus !
  • Ne vous laissez pas décourager par la peur de passer un concours trop dur pour vous ou de ne pas être au niveau. Le seul moyen de le rater avec certitude, c’est de ne pas y aller.
  • Ne vous laissez pas abattre par une épreuve ratée ; ce qui compte, c’est de continuer à tout donner pour les épreuves suivantes.

De l’importance d’être physiquement en forme.

Même centre d’épreuves, même problèmes de transports. Quand vous habitez en banlieue et que vous n’avez que la ligne RER A pour vous rendre à Paris, vous n’avez pas de choix. Quand vous avez autour de vous deux gares équidistantes, vous avez un choix. Celui de vous rendre, en longeant une avenue bruyante et polluée, à la gare moche et encombrée car elle fait interface avec une gare routière. Ou celui de vous rendre à l’autre gare, plus mignonne, en empruntant de jolies rues calmes et arborées.
Décidé à prendre le temps et à vivre cet aller comme une expérience tranquillisante avant le stress de l’épreuve, j’ai choisi la deuxième gare. Pour des raisons qui vous sont déjà connues, mal m’en a pris. Incident à Auber, prochain train dans 50 minutes. En dépit de la marge que j’avais prévue, ça ne passait pas. Sombre horizon, celui de “flinguer” une année entière de révisions à cause d’un incident voyageur.
C’est là qu’on (re)découvre que nos ressources sont insoupçonnées : cerveau qui se met en mode TomTom (marque déposée), pas d’alternative car aucun bus à cette gare, décision de rejoindre fissa “l’autre” gare (la moche) pour prendre – justement – un bus, passer en mode jogging, traverser la ville en petites foulées, arrêt de bus caché par les travaux du Grand Paris, les gens se pressent c’est qu’il doit arriver, mettre le mode sprint, gagné il est là, parcours coincé dans un bus archi-bondé,… et bloqué pour cause de travaux.

Lucide, le chauffeur prend sa voix de stentor, demande si tout le monde descend au terminus, devant l’unanimité décide de couper tout droit en raccourcissant le chemin,…, descendre du bus en jouant des coudes, reprendre le mode semi-marathon pour rejoindre la gare RER de la ligne qui va direct à Lognes (jamais Marne-la-Vallée ne m’a semblé aussi loin…), penser “c’est bien de courir tous les week-ends et d’être un peu résistant, même encombré d’une sacoche et de mocassins”, attraper le RER qui est “à l’approche” en dévalant l’escalier et…. arriver 10 minutes avant l’épreuve…..
Se dire qu’il faut les mettre à profit pour évacuer le stress de la course, se dire que le stress est un stimulant et qu’au moins on ne commencera pas l’épreuve endormi, se dire que tout va bien et que…
…Show must go on…

Garder la tête froide.

La semaine des écrits a été une des plus stressantes de ma vie. Un œil extérieur aurait pu croire que j’avais mis tous les obstacles de mon côté. Peut-être mon inconscient voulait-il voir si j’étais prêt à relever les futurs défis d’un directeur. Mon emploi du temps était celui-ci : lundi déménagement, mercredi et jeudi (il me semble), concours, et samedi, la plus grosse animation de mon année de bibliothécaire. Comme si tout cela n’était pas suffisant s’y est ajouté un problème de RER (certainement le même que dans les témoignages précédents) qui ne m’a laissé d’autre choix que de prendre un taxi et d’arriver 10 minutes avant le début de l’épreuve. Bien que troublé je n’étais pas paniqué pour deux raisons :

  • j’avais eu le concours de bibliothécaire l’année précédente, et n’était pas pressé d’avoir celui de conservateur. Je n’avais pas la pression du concours à tout prix.
  • j’avais le souvenir d’un concours de conservateur d’État où j’avais lâché après la première épreuve, une dissertation sur le thème du romantisme politique. J’avais rendu une feuille double, je pensais avoir 5, j’ai en fait eu 14.

J’ai accueilli mon admissibilité avec beaucoup de joie et de scepticisme : il allait falloir être très bon pour rattraper les points de l’écrit. Je n’ai malgré tout pas suffisamment révisé pour l’oral pour me sentir vraiment prêt. J’ai eu mille excuses pour ne pas en faire assez : pas le bon moment, trop de travail, l’angoisse de ne pas être à la hauteur et qui bloque.

Arrivé à la tour de l’horloge, je craignais de revivre l’échec de ma première admissibilité en 2009, dans les mêmes locaux. Pour autant, et même si j’ai très peu communiqué avec les autres admissibles, cette première expérience et la confiance due aux concours réussis auparavant ont fait que je n’étais pas intimidé. Après l’oral, j’étais confiant sur la motivation professionnelle, beaucoup moins sur la culture générale : c’est pourtant cette dernière épreuve qui m’a permis de réussir.

Au fond, que ce soit à l’écrit ou à l’oral, je pense qu’il y a deux moteurs importants :

  • les compétences, la technique pour réussir des épreuves très codifiées (et j’espère que nos articles vous aideront pour cela)
  • le fait de croire en soi, et de ne pas se mettre à la place du jury. En culture générale notamment, il n’y a pas de mauvaise réponse. J’ai pu parler de mangas, et de folk indé sans que cela soit mal accueilli car l’important est la manière dont on justifie nos choix. Sur les questions fermées, on peut répondre bien ou mal mais il ne faut jamais se laisser désarçonner, ne pas croire que tout est terminé parce que l’on ne sait pas quoi faire dans telle situation. Bien que ce soit cliché à dire, n’oubliez jamais qu’il s’agit là d’un concours, que tous les candidats ont pensé à un moment où à un autre que non, ce n’était pas pour cette fois, et que seul le jury a le pouvoir de comparer les uns aux autres.

Course de fond.

Préparer le concours de conservateur ressemble à un long tunnel… Ayant la possibilité de présenter le concours en interne, j’ai eu la chance de bénéficier de la préparation du CNFPT : 4 fois 3 jours de décembre à avril pour bénéficier de méthodologie et pour s’entraîner lors d’épreuves blanches (9h d’épreuves sur une seule journée, je reprenais le train en pilote automatique).

En mai, les épreuves écrites. Inscrite au centre de concours de région parisienne mais n’habitant pas à proximité, j’ai assuré mes arrières en venant en voiture, et en prenant une chambre d’hôtel à proximité.

Première épreuve : composition. “Y a-t-il une place pour la fierté nationale ?” Un peu déstabilisée par le sujet, je me reprends néanmoins et carbure pendant 5 heures. Je vois des candidats quitter la salle au bout d’une heure. Puis au bout de deux, puis de trois heures… je rends ma copie, plutôt fière du résultat !

Le lendemain, épreuve de note de synthèse. Il y a nettement moins de candidats que la veille. “Open data : mirage ou eldorado ?” Ça tombe bien, c’est un sujet que j’ai potassé récemment. Je sais que chaque minute est comptée : je fonce. Je pose le dernier point juste au moment de la fin de l’épreuve. Je n’ai pas le temps de me relire. Je ne suis pas satisfaite [je ne saurai que des mois plus tard, après avoir demandé communication de mes copies et de mes notes, que j’ai complètement foiré la composition et cartonné à la note de synthèse].

Les résultats d’admissibilité tombent en juillet : je suis très contente, mais il va falloir bosser dur pour préparer les oraux. J’avais positionné mes congés en fonction de mes autres collègues, mais la durée dépendrait des résultats : 3 semaines en cas d’échec, 2 semaines en cas de réussite, pour assister à la préparation aux oraux proposée par le CNFPT. Ce fut donc 2 semaines, je suis partie avec mes classeurs en vacances, révisant sur la plage…

En septembre, je commence à douter. Je suis fatiguée. Même si je le savais depuis le début, je commence à réaliser vraiment qu’en cas de réussite, j’allais passer 18 mois loin de mon époux et de mes enfants. Qu’il faudrait se préparer à une possible mobilité après la formation. Les 10 jours précédant les oraux, je n’étais plus du tout motivée. J’en avais ras-le-bol et voulais jeter l’éponge. J’ai pris le train pour Paris, la veille des oraux, vraiment à reculons. J’ai passé une bonne soirée et une bonne nuit, puisque pour moi il n’y avait plus d’enjeux : j’y allais pour la forme.

Et puis, la motivation est revenue en cours de route. J’ai pris plaisir aux épreuves, en me disant que je n’avais rien à perdre. Devant le texte, j’ai repris confiance, j’avais des choses à dire. Et pendant l’oral lui-même, le temps de « conversation » a été décisif : j’ai pris plaisir à être là, à répondre aux questions, j’ai trouvé ces échanges très stimulants et je me suis piquée au jeu. Je pense que c’est ce qui m’a permis de remonter la pente. J’étais évidemment stressée et impressionnée, mais je me suis dit « puisque je suis là pour le fun, autant prendre plaisir à ce qui se passe et y aller à fond ». Et j’ai fini par me dire de nouveau que ça pouvait être un job sympa et que les perspectives valaient le coup.

Donc, en gros, ce qui a fonctionné pour moi :

  • mon absence totale de lucidité sur la composition, car je pensais avoir bien réussi. Si je m’étais dit que je m’étais plantée, je n’aurais sans doute pas mis la même énergie dans la suite, et notamment la note de synthèse du lendemain.
  • donc, y croire, jusqu’au bout, même s’il y a eu des ratés. C’est aussi une épreuve d’endurance !

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